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Gala Catello
(@gala-catello)
Frôceux actif Parti Centre
Rejoint: Il y a 3 semaines
Messages: 15
30 août 2020 10 h 58 min  

 

A peine sa thèse passée, Gala avait acheté cet appartement situé au bout d'une des plus importantes artères de la ville. Pour une bouchée de pain : le propriétaire n'était autre qu'un vieux chef de service un peu dégueulasse à qui Gala n'avait pas laissé le choix, tu me vends ton appart' pour que dalle ou bien je dénonce au conseil de l'ordre tes mains baladeuses sur les jeunes internes. 

Gala aimait s'y prélasser lors de ses jours de repos et y ramener ses diverses conquêtes, féminines comme masculines, féminines surtout. Investie dans la vie du quartier, elle était bénévole dans une association humanitaire venant en aide aux personnes sans abri. En dehors du travail, les médecins d'Aspen étaient généralement plus préoccupés par les diners du Rotary que par le serment d'Hippocrate. Gala, elle, ne supportait pas de croiser en bas de chez elle ces individus loqueteux, bégayant, hagards, tremblants ; ça gâchait le goût de ses plaisirs. Une aubaine pour cette association, une jeune docteur de médecine interne, exactement ce qu'il fallait pour diagnostiquer des types qui avaient l'air atteints de maladies qui n'existent plus en Europe depuis des siècles. 

A part son boulot et son activité associative, les passions de Gala étaient charnelles et musicales. La chanson française, qu'elle reprenait au piano avec sa voix légèrement fausse mais suffisamment discrète pour faire l'admiration des partenaires d'un soir qui lui réclamaient de reprendre Bashung, Gainsbourg, Thiéfaine. Parfois la voisine du dessus, Valérie Natache, une ancienne haut-fonctionnaire récemment divorcée de l'ancien ministre Vailland de Chirey, descendait d'un étage pour l'accompagner à la guitare. Une nuit, le Prosecco aidant, elles avaient finies enveloppées dans les mêmes draps blancs et les mêmes bras beiges. La gène ne s'était envolée au petit matin que lorsque Natache lui avait dit tu sais, Gala, tu devrais te mettre à la politique, avec ta gueule, tout le monde va t'adorer. Chiche. 

Docteure en médecine interne - Hôpital Aspen Rose Timone


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Gala Catello
(@gala-catello)
Frôceux actif Parti Centre
Rejoint: Il y a 3 semaines
Messages: 15
5 septembre 2020 23 h 29 min  

Gala avait invité ses parents à dîner. Une formalité qu'elle s'imposait une fois par mois, qui ne la déplaisait pas spécialement même si, il fallait l'avouer, ils avaient de moins en moins de choses à se dire. Sa mère, cadre Access Market d'un grand laboratoire pharmaceutique frôçeux, rêvait clairement de quitter son job avec un beau parachute et de faire le tour de la méditerranée en bateau. Son père, ancien entrepreneur retiré des affaires, se complaisait dans le rôle du vieux-beau de droite, de plus en plus réac en vieillissant. Tour à tour, ils évoquaient des sujets déjà évoqués cent fois, l'instabilité politique, la recherche d'un vaccin contre la Covid, les vacances chez les Berthier, le chauffage de la maison de vacances d'Uzarie, les études des deux derniers. Rosa et Gianluigi Catello était un couple de quinquas frôçeux classique, chez qui l'oeil bienveillant pouvait déceler une forte affection de vieux couple, qui ne parvenait pas à masquer un ennui devenu routinier. 

Gala avait commencé depuis quelques années seulement à se poser des questions sur sa naissance. Lorsque Rosa avait accouché dans une clinique privée d'Aspen il y a trente ans, elle avait tout juste vingt ans. Selon l'histoire familiale, elle avait rencontré Gianluigi auparavant et ç'avait été un coup de foudre, une évidence, il fallait faire un enfant, quelqu'un qui soit à la fois "lui et moi". Une version qui convenait bien à Gala, qui de toute manière n'avait jamais eu la passion des albums photo et de la généalogie. Mais tout de même. Gianluigi, alors âgé de vingt-cinq ans, sortait d'HEC et était cadre chez Philips. Et pourtant, aucun cliché de l'accouchement, aucune vidéo camescopée de la maternité, rien des premiers mois de la vie de Gala. Le mariage, d'ailleurs, avait eu lieu un an plus tard seulement. Au début, Gala s'était faite une raison : elle était un accident, la grossesse s'était révélée sur le tard, cela n'avait pas empêché ses parents de l'aimer plus que tout au monde, mais pour les souvenirs préparés propres à une grossesse très préméditée, on repassera. 

Mais Gala avait continué de s'interroger. Outre l'absence de ressemblance physique (après tout pourquoi pas, elle tenait surtout de sa mère), en cours de génétique, elle avait listé les caractéristiques autosomiques dominantes qu'elle aurait dû vraisemblablement retrouver chez son père. Rien. Cela ne voulait pas forcément dire grand chose, mais tout de même. Gala avait le sentiment d'être dupée depuis des années, d'avoir été élevée dans un mensonge permanent, ça lui donnait un goût de cendre et lui causait des crises de colère silencieuses. A vingt ans, sa mère était sublime, avait même à l'occasion marché sur le catwalk pour Gucci. Gala aurait mis sa main à couper que Gianluigi n'était pas son père biologique. 

Bien décidée à le découvrir, elle prétexta une pause-pipi pour marcher vers les toilettes, puis pousser silencieusement la porte de l'entrée et examiner le manteau de son père. Elle ne mit pas longtemps à dénicher un cheveu sur le col de celui-ci, et l'enfourra dans un tube à essai qu'elle avait préalablement caché dans le meuble à chaussures. D'ici quelques jours, elle serait fixée. 

Docteure en médecine interne - Hôpital Aspen Rose Timone


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Gala Catello
(@gala-catello)
Frôceux actif Parti Centre
Rejoint: Il y a 3 semaines
Messages: 15
9 septembre 2020 15 h 17 min  

Gala ouvrit à sa mère. Celle-ci avait répondu positivement à l'invitation de sa fille à passer chez elle le midi pour manger des sushis. Les deux femmes avaient l'habitude de se voir sans le pater familias. Rien n'avait donc intrigué Rosa, qui était chaque fois ravie de se déplacer dans le centre d'Aspen et de contempler la vue depuis le balcon de sa fille. 

La veille, Gala avait reçu un appel de son ami Loïc, médecin au laboratoire d'analyses de l'hôpital Rose-Timone. Loïc ne connaissait rien du background de ce test ADN, Gala était restée très évasive. Tiens, voilà une patiente que j'ai dans mon service, on a besoin de savoir si son père est bien son père, pour un diagnostic. Loïc s'était exécuté. Et les résultats étaient équivoques. 

Gianluigi Catello n'était pas le père de Gala Catello. 

Gala avait accusé le coup, mais s'y attendait. Juste après avoir appris la nouvelle, elle s'en était voulue. Pourquoi j'ai besoin de savoir ça ? J'ai été aimée, choyée, bien élevée, je n'ai manqué de rien, pourquoi je suis allé chercher ça ? 

Mais il lui fallait une explication. La venue de sa mère était l'occasion de lui en fournir une. 

Lorsque sa mère arriva, Gala ne répondit pas à ses chaleureuses formules de politesses. Ne se formalisant pas, mettant cela sur le compte de la fatigue de sa fille, Rosa était allée s'asseoir dans le canapé. La cadre de cinquante ans avait enlevé ses escarpins. 

"Maman, je sais que papa n'est pas mon père biologique. J'ai fait un test ADN. Dis-moi qui est mon vrai père."

Uppercut. Rosa avait ouvert et fermé la bouche une dizaine de fois, sans rien dire. S'ensuivit un long bug à base de "mais enfin", "de quoi", "pourquoi tu", "ça va pas". Gala était restée fixée sur sa mère, avec une sourde envie de hurler et de frapper. Bien droite, le regard perçant et glacial, elle regardait sa génitrice dans les yeux. 

Au bout d'une minute ou deux, sa mère se mit à parler. Elle avait vingt ans, flirtait déjà avec Gianluigi mais il ne s'était encore rien passé entre eux, elle travaillait déjà chez Berdzini comme alternante et à l'occasion d'un séminaire à Marrakech, elle avait couché avec un cadre qui logeait dans le même hôtel, après une soirée bien arrosée. Elle avait passé une nuit merveilleuse, vraiment, et n'avait fait un test de grossesse qu'un mois plus tard. Elle aurait encore pu avorter, mais elle avait décidé de garder l'enfant. Gianluigi, déjà fou amoureux, avait accusé le coup mais accepté l'idée d'élever l'enfant, de se marier, de faire "comme si". Avec le temps, le mensonge s'était transformé. Depuis trente ans, Gianluigi et Rosa n'avait pas parlé de la paternité de la petite, comme s'il n'y avait pas de différence avec ses frères. 

Gala avait laissé partir sa colère pendant l'explication de sa mère. Très gênée, elle se fit violence pour aller s'asseoir près d'elle, sur le canapé. 

"Tu sais, ma fille, on t'a toujours adoré, ton père aussi. Cet homme, je ne l'ai jamais revu par la suite, ce n'était qu'une nuit. Je suis convaincu que l'essentiel passe par l'éducation, les valeurs, l'amour, que le sang et la génétique, ça ne transmet rien d'autre que des grains de beauté ou des maladies héréditaires, on s'en fiche. Je comprendrais si tu étais en colère, mais s'il te plait, ne nous en veut pas trop."

Bien sûr que Gala ne leur en voulait pas trop. Mais elle avait besoin de savoir. 

"C'est qui, cet homme ? Il s'appelait comment ?"

Gala se retenait de pleurer. C'était trop d'émotion pour un si petit moment de quelques minutes, sans préparation, rien. Sa mère avait des larmes qui coulaient. 

"C'était Gaspard Salcedo."

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Suite du RP à la maison de Gaspard Salcedo, Vauxin : https://www.froce.fr/forum/vauxin/maison-de-g-salcedo/#post-225

This post was modified Il y a 1 semaine by Gala Catello

Docteure en médecine interne - Hôpital Aspen Rose Timone


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